mercredi 18 avril 2018

Milonga de la Uni d'automne [à l'affiche]


Le CETBA proposera vendredi 20 avril 2018 sa traditionnelle milonga mensuelle, La Milonga de la Uni, rue Agrelo, avec ses deux cours, pour les débutants à 21 et pour les autres, à 22h, son buffet et sa tombola.

DJ de luxe : Gabriel Soria, le président de la Academia Nacional del Tango et le directeur du Festival de Tango de Buenos Aires, qui fera danser tout le monde avec sa collection de vinyles !

Entrée gratuite.

Demain, Rudi Flores ramène sa guitare au Mala vida Club [à l'affiche]


Le grand guitariste correntino Rudi Flores, qui s'est installé à Paris il y a bien des années, se produira demain, jeudi 19 avril 2018, à 21h, México 311 (à Monserrat, mais ça fait plus artiste de dire San Telmo), avec son trio et deux invités.

Entrée : 150 $ ARG

Rudi Flores est avant tout un musicien de chamamé, la musique typique de sa province natale, actuellement candidate à l'inscription au Patrimoine de l'humanité.

Belle soirée en perspective.

El Tape Rubín sort un nouveau disque [Disques & Livres]


Alfredo Tape Rubín, un des compositeurs de la génération montante, vient de sortir un nouveau disque, intitulé Cambiando cordaje (changer le cordage), qu'il présentera vendredi 21 avril 2018, au CAFF, Sánchez de Bustamante 772.

Entrée libre et gratuite.

Rubín est l'un des grands acteurs de l'actuelle fusion des genres que vit peu à peu la musique populaire argentine, où le tango, le jazz, le rock et le folklore se rencontrent et font naître quelque chose de nouveau.

Pour l'occasion, le musicien a donné une interview à Página/12 et depuis le 13 avril, l'album est écoutable et téléchargeable en ligne, sur l'outil bandcamp, pour un prix très modique (7 USD minimum).

Le triste sort de la librairie universitaire argentine [Disques & Livres]


La Librairie Universitaire Argentine, LUA, vient de fermer sa boutique située au coin des rues Lavalle et Montevideo, à 100 m. au nord de Avenida Corrientes, parce que le présent gouvernement national lui a coupé les vivres, comme à tant et tant d'institutions culturelles. Or le prix des loyers est exorbitant à Buenos Aires, comme dans beaucoup d'autres capitales (en Europe ici) et il devient presque impossible à un libraire de tenir le coup.

La LUA était pourtant au cœur du quartier du livre et des grandes salles de spectacle. Elle pouvait toucher un grand public de lecteurs auprès duquel elle diffusait, depuis 2013, les ouvrages publiés par les universités nationales de tout le pays. On parle de la faire renaître, dans un autre librairie, avec lequel elle partagera un local à partir de juin prochain.

Hier, Página/12 poussait un nouveau coup de gueule contre cet abandon de toute espèce de souveraineté en matière culturelle du fait du gouvernement néolibéral de Cambiemos. Cette situation va de pair avec la baisse catastrophique du budget de la recherche dont je vous parlais dans mon article du 12 avril dernier. Daniel Paz nous explique la situation avec sa causticité habituelle.


La chercheuse (ou la journaliste) : Pourquoi fermez-vous la Librairie Universitaire ?
Le ministre : Parce que c'est une dépense superflue.
Il y a d'autres choses prioritaires pour dépenser de l'argent
Elle : Le Garrahan ? [célèbre et excellent hôpital de pointe spécialisé en pédiatrie]
Lui : Garrahan ? C'est quoi, ça ? Un fonds vautour ? (1)
Traduction © Denise Anne Clavilier

La LUA dispose d'une page Facebook.



(1) C'est là du vocabulaire de gauche. Les ministres de l'actuel gouvernement n'emploient jamais cette expression trop connotée Cristina Kirchner. Ils parlent de hedge funds, comme en Europe et aux Etats-Unis.

samedi 14 avril 2018

L'inflation tient la forme. Rep, Paz et Rudy aussi ! [Humour]

A gauche : Hier. Qu'ils s'en aillent tous*
A droite : Aujourd'hui. Ils sont tous revenus. Et ils ont fait des petits !

* Slogan des anarchistes et de la gauche révolutionnaire
très à la mode dans les années 1990 et 2000 dans toute l'Amérique Latine
Página/12, 14 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

A la fin de cette semaine, les chiffres définitifs de l'inflation pour le mois de mars ont été publiés et ils sont mauvais : ils atteignent les 2,3% en moyenne pour l'ensemble du mois. Ce qui met à coup sûr hors de portée l'objectif-mantra du gouvernement, qui est de 15% sur l'année.

Légende :
"L'oursin* dans la poche du ministre révèle
les nouvelles tendances salariales de la saison :
des salaires plus bas [petits], qui font le grand écart
et qui sont marrants"
Le crocodile : "la nouveauté, ce qui déboule en force,
ce sont les salaires modèle bonzaï"**

* là où, en français, on parle d'"avoir des oursins dans les poches" pour signaler l'avarice, en Argentine on parle d'un crocodile dans la poche. C'est encore pire ! En Amérique du Sud, il n'y a pas de crocodile mais des caïmans. Ceci dit, les premiers Espagnols qui ont découvert la faune du nouveau continent ne faisaient pas la différence entre les deux animaux, d'où la confusion des noms.
** Le terme utilisé fait référence aux tomates cerise qui se disent cherry, comme aux Etats-Unis.
Página/12, 13 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Tout s'en ressent. Le panier de la ménagère augmente. De plus en plus d'Argentins taillent dans leurs dépenses, ce qui entraîne une crise de la demande et par conséquent une crise chez les producteurs, qui sont obligés de réduire leur personnel, etc.

La journaliste : Pourquoi avez-vous mis le PJ sous tutelle ? *
Mauricio Macri : pour le faire rentrer dans la norme.
La journaliste : Chouette ! Quand est-ce que vous mettez l'inflation sous tutelle ?
Página/12, 13 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Cela n'empêche pas les humoristes de Página/12 de retrouver tout leur punch d'antan. Dans la première phase du mandat de Mauricio Macri, j'avais l'impression que si le duo Daniel Paz et Rudy d'une part et le dessinateur et peintre Miguel Rep d'autre part n'avaient rien perdu de leur agressivité contre la droite néolibérale, qu'ils détestent, leurs dessins ne reposaient plus sur le même humour, sur la même acuité dans l'analyse et dans la trouvaille scénaristique et graphique.
Mais les voilà qui sortent du creux de la vague. Ils sont en grande forme, tous les trois !

Le grand : Il a fait de l'évasion fiscale, il a blanchi de l'argent
et on l'a nommé ministre
Le petit : Tu vois ? Après on dit que c'est pas possible...
Página/12, 14 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Légende :
"L'oursin dans la poche du ministre sort de temps en temps
une de ces métaphores qui fichent la frousse"
Le crocodile : "Les profs et les bas salaires
sont comme deux amants qui se retrouvent".*

* Voir mon article du 9 avril 2018 sur les propos du Président Macri
au sujet de la relation bilatérale entre l'Argentine et l'Espagne
Página/12, 10 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les chiffres de l'inflation
lire l'article de La Nación d'aujourd'hui sur la baisse de consommation dans les foyers argentins
lire l'éditorial de La Nación d'aujourd'hui sur l'objectif des 15% d'inflation à la fin de l'année 2018.

Ajouts du 18 avril 2018 :
lire l'article de La Prensa sur les pronostics optimistes de Christine Lagarde concernant l'inflation en Argentine (19,2% l'an d'ici la fin de l'année)
lire l'article de Clarín sur le même sujet
lire le billet d'opinion dans La Prensa qui reflète ce que pense la classe moyenne de droite anti-péroniste de la politique actuelle et de l'inefficacité de la politique gouvernementale

ARA San Juan : le scandale continue [Actu]

Entendu avant-hier par la juge d'instruction chargée de l'enquête sur la disparition du sous-marin, le 14 novembre dernier, l'ex-chef d'état-major de la Marine argentine, l'amiral Srur a reconnu que le bâtiment n'était pas en état de naviguer et que ses subalternes lui avaient caché un certain nombre de difficultés très graves. Mes fidèles lecteurs se souviennent peut-être qu'au cours du second mandat de Cristina Kirchner, la présidente avait procédé à de grands changements dans l'état-major de cette arme après un autre incident de commandement : la mutinerie des marins de la Préfecture navale à Buenos Aires, qui s'étaient enfermés et enchaînés au siège de leur direction parce qu'un bruit courait selon lequel ils ne recevraient pas leur solde du mois. Une enquête, sans doute trop rapide, avait conclu à une faute manifeste de commandement. Visiblement, les changements apportés pour y remédier n'ont pas résolu grand-chose.


Pendant que les officiers supérieurs passent à la casserole judiciaire, l'une des veuves d'un sous-mariniers dénonce sur Youtube, par vidéo interposée, le fait que le gouvernement (entendez l'Etat) a abandonné à leur triste sort les familles des disparus qui vont devoir, cinq mois après la tragédie, faire les démarches juridiques de déclarations de décès présumés alors que les pouvoirs publics ne leur ont encore donné aucun document attestant du sort du ARA San Juan et de son équipage. Non seulement il n'y a pas eu de drapeau en berne, de deuil national, de grand-messe officielle pour le repos de l'âme des militaires morts en service, de décorations à titre posthume, mais il n'y a pas même eu une lettre de condoléance ni même un document administratif permettant aux familles de faire les démarches légales...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'appel au secours de la jeune veuve de marin
lire l'article de Clarín sur le même sujet
lire l'article de La Prensa sur les déclarations de l'amiral Srur.

Ajouts du 17 avril 2018 :
lire l'article de Página/12 sur l'audition du ministre de la Défense, Oscar Aguad (UCR, parti second dans l'alliance gouvernementale Cambiemos) devant la commission bicamérale d'enquête parlementaire.
Devant cette instance et en présence de plusieurs membres des familles des disparus, atterrés par son attitude, le ministre a reconnu avoir fait appel à des extralucides pour chercher le bâtiment alors qu'une explication de l'inaction du gouvernement commence à se faire jour : les pouvoirs publics joueraient la montre pour atteindre le délai légal à partir duquel il faudra reconnaître le sous-marin perdu et où on pourra clore l'affaire (en s'exemptant de donner des explications cohérentes sur ce qu'il s'est passé). L'information fait ce jour la une de Página/12
lire le simple entrefilet de La Prensa sur les déclarations du ministre
lire l'article de La Nación sur l'audition du ministre (le journal libéral souligne la promesse de Aguad de faire intervenir une entreprise privée dans les recherches... Pour un bâtiment militaire, quel aveu d'échec !). L'article s'achève sur l'annonce d'une naissance, celle de la fille posthume d'un des membres de l'équipage, cinq mois après la disparition de son papa
lire l'article de La Nación sur la bourse d'études qui sera octroyée à tous les orphelins de l'équipage du ARA San Juan de l'âge de 3 ans à celui de 25.

Ajout du 18 avril 2018 :
lire l'article de La Nación sur l'audition de Oscar Aguad avant-hier

jeudi 12 avril 2018

Les scientifiques revendiquent en chantant [Actu]

Les chercheurs en alerte posent au pied de l'Obélisque à Buenos Aires
Ils ont neutralisé le genre en remplaçant le o du masculin et le a du féminin par un x

Très vite après l'arrivée au pouvoir de Mauricio Macri (10 décembre 2015), la politique de rigueur a été mise en place sous le prétexte, en partie légitime, de régler la dette souveraine sur le marché étranger (c'est-à-dire aux Etats-Unis). Elle a entraîné assez rapidement une cure amaigrissante dans les budgets de la recherche et du développement technologique. Les scientifiques n'ont donc pas tardé à ruer dans les brancards car ils tiennent à leurs crédits et aux bons résultats qu'ils étaient en train d'engranger à l'échelle internationale.

En sous-titre, on lit : "ici, ce dont on a besoin, c'est un peuple bien [instruit]"

Le 20 juin 2017, le jour de la fête du drapeau, en hommage au grand héros de la souveraineté nationale que fut le général Manuel Belgrano (1770-1820), créateur du dit drapeau et grand défenseur du savoir et de l'instruction, un groupe de chercheuses qui travaillent pour la majorité à Buenos Aires et dans sa banlieue, surtout à la UBA (la grande université publique de la capitale argentine), a publié sur les réseaux sociaux une version politisée d'un grand succès de la musique populaire, Despacito (en douceur), revu et corrigé sous le titre-jeu de mot de Despaciencia (on pourrait traduire "Dispariscience"). Leur texte mêle des revendications intellectuelles et culturelles (il faut des chercheurs pour qu'un peuple soit instruit et qu'on ne lui fasse pas avaler n'importe quelle couleuvre politique) et d'autres nettement féministes (les diplômées du pays doivent pouvoir avoir d'autres perspectives que d'aller faire la vaisselle et s'occuper des enfants, une fois leur doctorat en poche).

Titre choisi pour mettre le clip sur Youtube :
"On fait de la recherche et on chante aussi"

Il y a deux jours, la même équipe, décidément bien en verve, a lancé un autre morceau, dans le même esprit carnavalesque et féministe. Cette fois-ci, il s'agit d'une reprise (excellente par ailleurs) de la chanson des partisans antifascistes italiens O Bella Ciao, rebaptisée O Ciencia Chau. Hélas, elle n'est pas encore sur Youtube en format sous-titré comme sa grande sœur. Le sens en reste donc réservé aux (bons) hispanisants. Il faut comprendre le texte, malgré le rythme chanté et le fort accent portègne de ces dames (dirigée par un homme, à la baguette).

Les chercheurs mobilisés appellent à occuper la place du Congrès à Buenos Aires

Hier et avant-hier, Página/12, qui soutient à fond la lutte des chercheurs, informait ses lecteurs sur le mécontentement qui grandit dans ce secteur, dont le ministre est pourtant lui-même un prestigieux physicien, avec des articles dans les plus prestigieuses revues internationales, Lino Barañao. Le pauvre s'en prend plein la figure. Le malaise des chercheurs, quant à lui, s'exprime dans tout le pays.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur O Ciencia chau
lire l'interview dans Página/12 d'hier de deux chercheurs, un homme et une femme (dans cet ordre ou dans l'ordre inverse), qui accusent le gouvernement en place de se détourner de la science fondamentale comme appliquée
lire l'article de Página/12 du 10 avril sur les revendications salariales des professeurs d'université qui se sont mis en grève lundi (deux jours sans cours dans plusieurs facultés).

Ajouts du 13 avril 2018 :
lire cet article de Página/12 sur les revendications portées par les chercheurs et les universitaires devant le Congrès
lire cet article de Página/12 sur les difficultés économiques de l'Invap, l'agence d'innovation qui conçoit et fabriquent des satellites et a sorti un appareil médical nucléaire dont les Pays-Bas ont décidé d'équiper certains de leurs hôpitaux (une partie des salaires ne sera pas payée)

La justice met sous tutelle le Partido Justicialista [Actu]

En haut, le siège du PJ gardé par une police lourdement armée
En bas, le symbole de la dépénalisation de l'avortement,
dont le débat vient de s'ouvrir au Congrès

Avant-hier, une juge fédérale a accédé à la demande d'un responsable de la CGT, le syndicat adossé historiquement au PJ (Partido Justicialista), le parti péroniste, en mettant celui-ci en tutelle et en y nommant un administrateur, qui n'est autre qu'un responsable syndical, Luis Barrionuevo, le secrétaire général du syndicat des salariés de l'hôtellerie, du tourisme et de la gastronomie.

Depuis la fin du mandat présidentiel de Cristina Kirchner (9 décembre 2015), le PJ ne parvient pas à trouver une solution pour élire des instances directrices qui fonctionnent conformément aux statuts. Le président est un ancien gouverneur de la Province de San Juan, José Luis Gioja, mais il a été nommé dans des conditions contestables d'un point de vue statutaire, même si sa longue carrière politique fait du personnage un président crédible, sinon efficace.

La photo est pour le patron de Facebook
comparaissant devant le Congrès des Etats-Unis
En haut : le gros titre parle d'une projet du gouvernement
qui voudrait voir
les habitants des bidonvilles devenir propriétaires du terrain
où ils se sont installés
une information que La Nación est seule à rapporter
En bas : "Crise au PJ"
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La mise sous tutelle du premier parti de l'opposition, en niveau électoral, pose dès lors un énorme problème à la démocratie argentine. Il n'est pas tout à fait normal que la justice ne laisse pas se débrouiller seul un organisme politique, représenté au Congrès, alors qu'aucune malversation n'est retenue dans le chef des dirigeants actuels. Cette décision de la juge alimente depuis avant-hier une vaste polémique dans tout le pays. Divers caciques du péronisme s'élèvent contre elle. Des responsables d'autres partis, comme le socialiste Antonio Bonfatti, y voient une menace pour la démocratie. La gauche péroniste interprète cette mise sous tutelle comme une intervention directe de la majorité dans les affaires de son principal opposant.

La photo centrale montre Gioja (en noir) dans la cohue devant le siège du PJ
au moment où il est expulsé, après sa destitution par la justice
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Le gouvernement s'est bien entendu déclaré surpris par l'ordonnance de la juge et jure ses grands dieux n'y être pour rien et n'y avoir aucun intérêt.

Tous les journaux ont mis l'affaire à la une, y compris La Prensa, le seul à se contenter d'une toute petite manchette à peine visible. Página/12 modifie quant à lui les proportions de sa une pour rendre compte de l'événement. La Nación et Clarín choisissent de le glisser dans un coin discret mais de taille normale.

L'avenir nous dira comment le PJ, parti fondé par Juan Domingo Perón en 1943, va se relever de ce coup et s'il pourra préparer la campagne électorale de l'année prochaine, où les Argentins seront appelés à élire à nouveau leur chef d'Etat, en octobre pour le premier tour et en décembre pour le second, si second il y a. Le parti a fait appel de l'ordonnance.


Le type debout : Le PJ a été mis sous tutelle.
Le type assis (sa grosse moustache fait bigrement penser à Ricardo Alfonsín, l'un des caciques de l'UCR, le parti radical, lui-même fils de Raúl Alfonsín, acteur du retour à la démocratie et président de 1983 à 1989) : Il était temps. Nous, on nous a mis en tutelle il y a trois ans (1)
Le type debout : On n'a pas été mis en tutelle !
Le type assis : Quoi ! Tu vas pas me dire que tout ce qu'on a fait depuis 2015, c'est nous qui l'avons décidé !
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
dans la presse argentine hier
lire l'analyse politique de Página/12 ("c'est un coup du gouvernement")
lire l'analyse de Antonio Bonfatti dans Página/12
lire l'article de La Prensa sur les prises de position du gouverneur de San Luis, Alberto Rodríguez Sáa, un péroniste historique
lire l'article de La Nación sur les déclarations de José Luis Gioja, le président destitué par la justice au profit de l'administrateur nommé
dans la presse argentine aujourd'hui
lire l'article de Página/12 sur les déclarations de Luis Barrionuevo qui se décrit comme un véritable péroniste
lire l'article de Página/12 sur les intentions de la direction démise
lire l'article de La Nación sur la réaction du gouvernement, qui affiche une surprise, réelle ou feinte
lire l'article de Clarín sur le premier communiqué de l'administrateur Barrionuevo

Ajouts du 13 avril 2018 :
lire cet article de Página/12 sur la prise de position des gouverneurs péronistes contre la mise sous tutelle de leur parti
lire cet article de La Prensa sur la convocation d'un congrès par Gioja, alors qu'il était déjà dépouillé, de jure, de ses fonctions



(1) Il y a trois ans, l'UCR a constitué l'alliance Cambiemos avec le parti néolibéral PRO, conduit par Mauricio Macri. Or l'UCR est traditionnellement un parti de centre-gauche, très attaché, depuis ses origines, en 1891, à la souveraineté nationale, au patriotisme économique et à la redistribution sociale des richesses par l'impôt, la lutte contre la corruption, le développement de l'école et des universités, la moralisation du monde judiciaire, etc. Or notamment depuis le mois d'octobre dernier, ce sont là des axes que le gouvernement semble avoir abandonnés sans même y mettre les formes, puisque récemment les ministres libéraux se targuaient même de posséder des comptes offshore, refusant d'y voir la moindre corruption ni la moindre trahison envers le pays qu'ils dirigent pourtant depuis plus de deux ans.

lundi 9 avril 2018

Anecdote historique sauce végane [Actu]

Le 5 avril dernier, alors que c'était le bicentenaire de la bataille de Maipú, allez savoir pourquoi Miguel Rep a gratifié les lecteurs de Página/12 de cette vignette très drôle mais qui ne concerne pas San Martín, vainqueur de Maipú, mais Belgrano, l'autre héros fondateur de l'Argentine.

C'est en effet Manuel Belgrano (1770-1820) qui conçut le drapeau national et le brandit pour la première fois, à Rosario, sur la rive du Paraná, le 27 février 1812. Décidément, ça n'a rien à voir avec le 5 avril 1818.

Toujours est-il que le peintre et dessinateur de presse Miguel Rep, avec tout son talent, a donc décidé de nous parler, non pas de Belgrano (ça, c'est le déguisement), mais de la mode végane, qui fait des adeptes en Argentine aussi, le royaume de la viande de bœuf ! Et visiblement, les végans et leurs théories un peu déroutantes et pas toujours très cohérentes (1) agacent pas mal l'artiste...

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Lui ne se déplaçait pas sur le dos d'animaux
Il fut le premier militaire ovo-lactéo-végétarien
Il facilita l'exode de Jujuy (2) en fuyant les carnivores et les ouvriers d'abattoir royalistes
Durant la Révolution de Mai,
il participa au premier Comité des Blés (3)
Belgrano, hissant le drapeau : Allons avec beaucoup de tofu, de soja et de quinoa
La légende : Le Général Manuel Vegano.
Et sur les rives du Río Paraná, il créa le plateau (4)
Traduction © Denise Anne Clavilier

Il semblerait que depuis le tournant sécuritaire et libéral-dérégularisateur qu'a pris le gouvernement argentin après son succès aux élections de mi-mandat en octobre, les humoristes de Página/12 aient retrouvé du peps et du punch. Leur humour était un peu à la peine pendant les deux premières années de la nouvelle majorité, dont ils sont les très énervants opposants...



(1) Les végétaux vivent autant que les animaux et il semble même qu'un certain nombre d'entre eux, notamment les arbres, seraient dotés d'une forme de sensibilité, qui ne passe pas par un cerveau mais qui n'en existerait pas moins.
(2) L'exode de Jujuy est un épisode historique de la geste belgranienne. Devant l'avancée des troupes absolutistes, alors qu'il n'avait plus les moyens en hommes et en armes de les repousser, Belgrano donna l'ordre à toute la population de quitter la ville et la province en emportant tout ce qui pouvait être emporté pour ne rien laisser aux troupes ennemies. Cela se passait en août 1812.
(3) La Primera Junta est le premier comité de gouvernement qui se constitua dans la future Argentine le 25 mai 1810. Belgrano (un patronyme italien signifiant beau grain [de blé]) en fut l'un des initiateurs et des membres. Ici, Rep fait un jeu de mot car grano renvoie aussi à l'absence de tergiversations dans une expression comme ir al grano (aller droit au but).
(4) Jeu de mot entre bandera (drapeau) et bandeja (plateau). Il s'agit de deux sons différents, un r roulé et la fameuse jota si redoutée des francophones qui n'en disposent pas dans leur phonétique propre.

La croissance joue les Arlésiennes (1) [Actu]

Le gros titre est consacré au faible succès
des programmes sociaux publics
La photo concerne les attaques au gaz en Syrie
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Malgré les annonces triomphalistes d'il y a quelques jours, quand le Président Mauricio Macri annonçait une baisse spectaculaire de la pauvreté, aussitôt contredit par l'opposition, la presse et surtout l'Observatoire de la pauvreté de l'Université pontificale argentine (UCA), la presse fait ce matin un tour du propriétaire et ce n'est pas la joie : l'inflation est en hausse (3% sur le mois de mars), la réforme des dispositions sociales ne donne guère de résultat et divers secteurs, de luxe ou non, connaissent une crise sévère.

Le plus remarquable dans ce domaine est que les articles sont publiés par Página/12 (jusque là, il n'y a rien d'étonnant, puisque ce journal représente la sensibilité de l'opposition de gauche) mais aussi par La Prensa et surtout par La Nación, deux quotidiens qui s'inscrivent à droite depuis leur fondation au XIXème siècle.


Excusez-moi. Où se trouve le rayon de la croissance invisible ?
Traduction © Denise Anne Clavilier

De toute évidence, La Nación est en train de retrouver une qualité journalistique alors que sous les trois mandats Kirchner ce quotidien manquait singulièrement d'objectivité et participait sans état d'âme à diffuser de l'intox hostile au gouvernement. Désormais, le journal tâche de ne pas être le véhicule de la propagande de la majorité en place, même s'il n'a rien renié de son orientation idéologique (oligarchie libérale).

Pour en savoir plus :
sur l'inflation
lire l'article de Página/12 sur les chiffres de l'inflation
lire l'article de La Prensa sur l'inflation
lire l'article de La Nación, qui a choisi de présenter la baisse des prix dans le secteur high-tech (téléphone mobile et téléviseurs) en précisant que c'est bien le seul secteur où ce phénomène apparaît
sur la crise de la production
lire l'article de Página/12 sur la crise dans l'industrie textile
lire l'article de La Prensa sur la différence de prix entre l'achat au producteur et la vente au consommateur final (51% au mois de mars)
lire l'article de La Nación sur le secteur hippique (l'élevage de chevaux, de course et de polo, les haras sont des activités de luxe dont l'Argentine est l'un des tout premiers acteurs du monde)
sur la politique gouvernementale et sa plus ou moins grande pertinence
lire l'article de Página/12 contre l'alignement de l'Argentine sur l'OCDE que le gouvernement actuel rêverait d'intégrer (alors que cette organisation internationale représente pour la gauche le paradigme de l'impérialisme haï)
lire l'article de La Nación sur le peu de succès que rencontre le gouvernement dans sa gestion des aides sociales
lire l'article de La Nación sur les propos du professeur Salvia, de l'Observatoire de la Pauvreté de l'UCA, qui dit que la pauvreté des plus défavorisés reste la même
lire l'article de La Nación sur le modèle socio-économique coopératif qui résiste aux idées préconçues qui a cours dans les couloirs ministériels, où l'on cherche à encourager la montée en qualification au détriment des coopératives, que les ministres s'acharnent à faire disparaître, alors qu'elles dynamisent depuis des années le tissu économique du pays.



(1) A l'usage de mes lecteurs non-francophones mais néanmoins francisants et amoureux de la belle langue de Molière : « jouer les Arlésiennes » signifie être absent (allusion à une nouvelle d'Alphonse Daudet, où il est question d'une belle femme d'Arles dont on parle beaucoup mais qu'on ne voit jamais – in Les Lettres de mon moulin, édition originale de 1869, scannée par la Bibliothèque Nationale de France et mis à disposition sur son portail Gallica).

Les métaphores osées du Président argentin [Actu]

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Alors que le président du conseil espagnol, le très droitier Mariano Rajoy (1), allait se rendre en visite officielle en Argentine, la première fois depuis onze ans qu'un chef du gouvernement de la Péninsule foule le sol argentin, le président Mauricio Macri a accordé une interview à ABC, un quotidien de droite espagnol (proche de l'épiscopat).

Le gros titre est pour la visite de Rajoy
La photo de une se rapporte à un fait divers tragique
(un accident d'aviation de plaisance)
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Entre autres propos, il a assimilé l'Argentine et l'Espagne à deux amants qui se retrouvaient après une longue séparation. Une expression imagée que toute la presse argentine reprend mais qui a des accents bien malheureux. D'abord parce que ça sent l'inceste (l'Espagne est toujours la Madre Patria de tous les pays issus de son ancien empire colonial en Amérique) - ça fait vraiment glauque. Ensuite parce que l'expression "relations charnelles" a longtemps désigné la soumission économique et politique de l'Argentine aux puissances impérialistes du XIXème et du XXème siècle, d'abord la Grande-Bretagne puis les Etats-Unis.
Hélas, Mauricio Macri est un véritable cancre en histoire. Les politiques argentins sont généralement assez ignares en la matière mais l'actuel président se révèle maladroit et particulièrement inculte (comment pouvait l'être et le reste Nicolas Sarkozy). Macri accumule les symboles gaffeurs et les erreurs grossières de date ou de personnages au sujet de grands épisodes de l'histoire nationale.
Pour le bicentenaire de la déclaration d'indépendance, il avait pourtant su faire un discours exempt d'âneries le 9 juillet 2016, à Tucumán (mais en était-il l'auteur véritable ?)

Pour aller plus loin :
lire l'entrefilet de Página/12 qui avait choisi de mettre l'accent sur d'autres casus belli aujourd'hui.



(1) De surcroît, Rajoy trimbale derrière lui un bon nombre de casseroles et son parti politique, le Partido Popular, aussi. C'est une des raisons, entre autres, qui rend si difficile la situation en Catalogne. Les indépendantistes jugent ce gouvernement corrompu et donc d'autant plus illégitime dans son action contre la tentative de sécession.

Le groupe Octubre sort le grand jeu pour défendre la gauche sud-américaine [Actu]

"Les démocraties sont en danger", proclame le gros titre
En bas, la pire des deux phrases des contrôleurs du ciel
"Balance cette ordure par le hublot"

Après la mise sous écrou de Lula au Brésil, et alors que Cristina Kirchner attend de comparaître dans des conditions assez rocambolesques pour l'affaire Nismann (ou plutôt celle du mémorandum d'entente avec l'Iran qui n'est jamais entré en vigueur, faute d'avoir reçu l'aval du parlement de la République islamique), le groupe médiatique Octubre, propriétaire de Página/12 et de la radio AM 750, se lance dans une opération tous azimuts de défense des droits de la gauche latino-américaine, c'est-à-dire de politique à la fois souverainiste et de redistribution sociale, que la droite, qui a désormais le vent en poupe sur tout le continent, est en train de détruire, systématiquement, tout en développant un discours agressif et passablement revanchard (méprisant en tout cas) et en tentant tout ce qu'il est possible de tenter pour mettre sous les verrous les responsables politiques antérieurs.

AM 750 a donc rassemblé à l'antenne le théologien de la Libération Leonardo Boff (Brésil) et le Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel (Argentine) autour de ce thème, repris en une de Página/12. Par ailleurs, le quotidien de gauche met en relief les propos inadmissibles tenus par un contrôleur du ciel brésilien au moment de donner l'autorisation de décollage au petit avion qui emmenait Lula de São Paolo à la prison de Curitiba : "Emmène-le et ne le ramène plus jamais !" Ce qui fut ensuite complété par une phrase ignoble parce qu'elle rappelle beaucoup trop le Plan Condor (1) et montre le mépris avec lequel ces gens de droite entendent traiter les détenus : "Jette cette [belle] ordure par le hublot" [ou par la fenêtre].

Les deux phrases, dûment enregistrées, ont été diffusées sur les ondes d'une radio brésilienne (favorable à Lula) et la première a été authentifiée et reconnue par l'armée de l'air brésilienne en charge du transport du prisonnier. Elles étaient reprises ce matin par presque l'ensemble des journaux argentins.

Pour aller plus loin :
lire l'article de une de Página/12, dont le gros titre est plus fort en une que sur l'article lui-même (qui reprend une déclaration sans intérêt du petit-fils de Lula : mon grand-père n'est ni un voleur ni un criminel. En quoi est-ce une information ?)
lire l'article de Página/12 sur les phrases scandaleuses des contrôleurs du ciel militaires
lire l'article de La Nación sur les phrases qui font polémique
lire l'analyse publiée par La Nación où un consultant argentin en communication politique installé au Brésil rend compte des deux conceptions de la bataille pour l'égalité dans le pays lusophone
lire l'article de Clarín sur les propos des contrôleurs du ciel
lire aussi l'article de Página/12 où s'exprime une experte judiciaire au sujet des pressions politiques qui ont pesé sur les travaux concernant la mort de Rafael Nahuel, au printemps, ce zadiste mapuche tué par les forces de l'ordre en Patagonie (abattu dans le dos). Elle émet l'hypothèse d'une manipulation politique, rendue hélas tout à fait crédible par la précipitation de la ministre de la Sécurité quand à chaque incident grave, elle parle à tort et à travers dans les médias en avançant des explications avant même que la justice ait pu enquêter. Elle sait toujours tout de suite et comme par hasard, les forces de l'ordre étaient pleinement dans leurs droits lorsqu'elles ont fait usage de leurs armes.



(1) Le Plan Condor était une opération coordonnée dans les années 70-80 par plusieurs pays d'Amérique du Sud pour se débarrasser des opposants aux dictatures militaires en place en les droguant et en les jetant dans l'océan ou dans le Río de la Plata depuis des petits avions des forces aériennes.